# L’alimentation naturelle des équidés : ce qu’il faut savoir
Les équidés domestiques descendent d’ancêtres herbivores qui parcouraient les vastes steppes en quête de végétation. Cette origine façonne encore aujourd’hui leurs besoins nutritionnels fondamentaux et leur comportement alimentaire. Comprendre les spécificités physiologiques de ces animaux permet d’adapter leur régime pour préserver leur santé digestive et leur bien-être général. La domestication a profondément modifié leur mode de vie, imposant des contraintes alimentaires parfois éloignées de leur nature profonde. Pourtant, respecter les principes de leur alimentation naturelle reste la clé pour prévenir de nombreuses pathologies digestives et métaboliques qui affectent aujourd’hui près de 40% des chevaux en écurie.
Le système digestif monogastrique des équidés : anatomie et physiologie
Contrairement aux ruminants qui possèdent plusieurs compartiments gastriques, le cheval appartient à la catégorie des herbivores monogastriques. Cette particularité anatomique influence directement sa capacité à digérer les aliments et détermine les modalités de son rationnement quotidien. L’appareil digestif équin mesure environ 30 mètres de longueur et présente une capacité totale de 150 à 200 litres selon la taille de l’animal. Cette organisation unique impose une gestion alimentaire rigoureuse pour éviter les déséquilibres digestifs.
L’estomac de petite capacité et la digestion enzymatique
L’estomac du cheval représente seulement 8 à 10% du volume total de son tractus digestif, soit une contenance maximale de 15 à 18 litres. Cette petite taille constitue une particularité remarquable pour un herbivore de 500 kilogrammes. La digestion enzymatique débute dans cette cavité où les sécrétions acides et les enzymes commencent à décomposer les protéines et les glucides simples. La production d’acide chlorhydrique s’effectue de manière continue, même en l’absence de nourriture, ce qui explique la vulnérabilité de la muqueuse gastrique aux ulcères lorsque l’estomac reste vide trop longtemps.
Le cæcum et le côlon : fermentation microbienne des fibres
Le cæcum représente une chambre de fermentation volumineuse d’environ 30 litres qui héberge des milliards de micro-organismes. Ces bactéries cellulolytiques et protozoaires décomposent les fibres végétales complexes que les enzymes digestives ne peuvent hydrolyser. Le côlon poursuit ce processus de fermentation sur une longueur de 3 à 4 mètres, avec une capacité de 80 à 100 litres. Cette digestion microbienne produit des acides gras volatils qui constituent la principale source énergétique du cheval au repos, couvrant jusqu’à 70% de ses besoins caloriques quotidiens.
Le transit digestif rapide et ses implications nutritionnelles
Le temps de passage des aliments à travers l’appareil digestif équin varie entre 36 et 72 heures selon la composition de la ration. Cette durée relativement courte pour un herbivore limite l’efficacité d’extraction des nutriments, particulièrement pour les fibres ligneuses. Le rythme de transit impose une alimentation régulière et fractionnée pour maintenir un flux constant de substrats dans le cæcum et le côlon. Une interruption prolongée de l’apport alimentaire perturbe l’équilibre microbien et peut déclencher des fermentations anormales. Les propriétaires doivent comprendre que le système digestif équin fonctionne de manière quasi continue, nécessitant un accès permanent ou très f
périodique de fibres. En pratique, cela signifie qu’un cheval devrait idéalement avoir accès au fourrage au moins 15 à 18 heures par jour, comme il le ferait à l’état naturel. Lorsqu’on limite ce temps d’ingestion à quelques repas concentrés, on va à l’encontre de sa physiologie et on augmente le risque de coliques, d’ulcères gastriques et de troubles du comportement (tic à l’appui, agressivité à l’auge).
La flore intestinale équine : bactéries cellulolytiques et protozoaires
La flore intestinale du cheval constitue un écosystème complexe et fragile, installé principalement dans le cæcum et le gros côlon. On y trouve des bactéries cellulolytiques capables de dégrader la cellulose et l’hémicellulose, mais aussi des protozoaires et des champignons qui participent à la fermentation des fibres. Cet ensemble microbien fonctionne comme une véritable « usine de recyclage » qui transforme les végétaux bruts en nutriments assimilables.
L’équilibre de cette flore dépend directement de la stabilité de l’alimentation du cheval. Un apport brutal de céréales riches en amidon ou un changement soudain de fourrage peut modifier le pH du cæcum, entraînant la mort de certaines populations bactériennes. Les toxines libérées et les fermentations anarchiques qui en découlent peuvent provoquer diarrhées, coliques ou encore fourbure d’origine alimentaire. C’est pourquoi toute modification du régime alimentaire des équidés doit être réalisée très progressivement sur 7 à 10 jours.
Protéger la flore intestinale revient à protéger la santé globale du cheval. Vous pouvez par exemple fractionner les rations, distribuer le foin avant les concentrés, et éviter de dépasser 2 g d’amidon par kilogramme de poids vif et par repas pour les équidés sensibles. Dans certaines situations à risque (transport, changement de pâture, traitement médicamenteux), le recours temporaire à des prébiotiques ou à des levures vivantes peut aider à stabiliser la microflore digestive.
Les fourrages : pilier de l’alimentation équine
Les fourrages constituent la base de toute alimentation naturelle des équidés. Qu’il s’agisse d’un cheval de loisir ou d’un athlète de haut niveau, le foin et l’herbe devraient représenter au minimum 60 à 70 % de la ration totale sur la matière sèche. Au-delà de leur rôle énergétique, les fourrages apportent les fibres indispensables à la motricité intestinale, à la mastication prolongée et à la production de salive, autant de facteurs essentiels pour prévenir les ulcères gastriques et les coliques.
L’herbe de pâturage : graminées et légumineuses adaptées
L’herbe de pâturage reste l’aliment le plus proche du régime naturel des équidés. Elle est composée principalement de graminées (ray-grass, fléole des prés, fétuque, dactyle) et, dans une moindre mesure, de légumineuses comme le trèfle blanc ou la luzerne. Une prairie bien conduite offre un excellent équilibre en fibres, énergie et protéines, tout en fournissant des vitamines naturelles (vitamine E, carotènes) et des acides gras essentiels.
Mais toutes les prairies ne se valent pas. Une herbe très jeune, riche en sucres solubles et en fructanes, peut favoriser la fourbure, en particulier chez les poneys et les chevaux prédisposés au syndrome métabolique équin. À l’inverse, une herbe vieillissante, montante à graines, est très fibreuse mais pauvre en protéines et en minéraux assimilables. Vous l’aurez compris : la gestion du pâturage (rotation des parcelles, hauteur de l’herbe, limitation du temps de sortie au printemps) est aussi importante que le choix du foin.
Pour limiter les risques, il est conseillé d’introduire progressivement les chevaux à l’herbe au printemps, en maintenant du foin à volonté pendant la phase de transition. Vous pouvez par exemple commencer par 1 à 2 heures de pâturage par jour puis augmenter la durée sur deux à trois semaines. Cette approche progressive permet à la flore intestinale de s’adapter à la nouvelle richesse en sucres et en protéines, tout en réduisant les risques de diarrhée et de coliques de mise à l’herbe.
Le foin de prairie : fléole, dactyle et ray-grass
Le foin de prairie constitue la forme la plus courante de fourrage pour les chevaux en écurie. Idéalement, il est composé d’un mélange de graminées comme la fléole des prés, le dactyle, le ray-grass anglais, associés éventuellement à une faible proportion de légumineuses. Ce mélange permet d’obtenir un foin équilibré, ni trop riche en protéines ni trop pauvre en énergie, adapté à la majorité des chevaux de loisir et de sport en travail léger à modéré.
La qualité du foin dépend de plusieurs critères : stade de coupe (avant la montaison pour une meilleure valeur nutritive), conditions de séchage, absence de poussière et de moisissures. Un foin poussiéreux ou mal stocké peut être à l’origine de troubles respiratoires (emphysème, toux chronique) en plus des problèmes digestifs. N’hésitez pas à observer et sentir le fourrage : il doit dégager une odeur agréable, sans trace de champignons ni tiges noircies.
En termes de quantité, on recommande généralement de distribuer entre 1,5 et 2 kg de foin par 100 kg de poids vif et par jour, soit 7,5 à 10 kg pour un cheval de 500 kg. Pour les chevaux sujets aux ulcères ou présentant un comportement anxieux, proposer le foin à volonté dans des filets à petites mailles permet de prolonger le temps d’ingestion et de se rapprocher du rythme alimentaire naturel. Vous vous demandez si votre cheval reçoit assez de fibres ? Un indicateur simple est l’aspect de ses crottins : bien moulés, légèrement brillants, sans excès d’eau ni grains non digérés.
La luzerne déshydratée et ses apports protéiques
La luzerne est une légumineuse particulièrement riche en protéines, en calcium et en certains acides aminés essentiels comme la lysine. Sous forme de luzerne déshydratée (bouchons ou brins hachés), elle permet d’enrichir la ration en éléments nutritifs de haute qualité, notamment pour les juments allaitantes, les poulains en croissance ou les chevaux de sport avec un développement musculaire important. Son pouvoir tampon sur l’acidité gastrique en fait également un allié intéressant pour les équidés sujets aux ulcères.
Cependant, la luzerne doit être utilisée avec discernement. Sa richesse en calcium et en protéines peut déséquilibrer le rapport phosphocalcique si elle est distribuée en trop grande quantité, en particulier chez les jeunes chevaux. Une ration trop protéique augmente aussi la production d’urée et la charge rénale, se traduisant parfois par une litière plus humide et des odeurs d’ammoniac plus marquées. En règle générale, la luzerne ne devrait pas représenter plus d’un tiers du total des fourrages chez la plupart des équidés.
Pour tirer parti des avantages de la luzerne sans en subir les inconvénients, vous pouvez l’associer à un foin de graminées de bonne qualité. Par exemple, ajouter 1 à 2 kg de luzerne déshydratée par jour à la ration d’un cheval de sport permet d’augmenter l’apport en protéines digestibles et en calcium, tout en apportant une texture appétente. Comme toujours, l’introduction de cet aliment doit être progressive sur une dizaine de jours pour laisser le temps à la flore intestinale de s’adapter.
L’enrubannage et l’ensilage : techniques de conservation et risques
L’enrubannage consiste à récolter l’herbe à un stade jeune puis à la faire préfaner avant de l’emballer hermétiquement sous film plastique. Cette technique interpose entre le foin sec et l’ensilage classique, avec une teneur en matière sèche intermédiaire (entre 50 et 70 %). L’enrubannage offre un fourrage souvent très appétent, moins poussiéreux, ce qui peut être intéressant pour les chevaux atteints de pathologies respiratoires.
Néanmoins, l’utilisation d’enrubanné dans l’alimentation du cheval requiert de grandes précautions d’hygiène. En cas de défaut de fermentation ou de perforation des balles, le développement de bactéries indésirables (Clostridium botulinum notamment) peut entraîner des intoxications graves, voire mortelles. L’ensilage classique, plus humide, est généralement déconseillé pour les équidés en raison de ces risques sanitaires et de sa richesse en acides gras volatils susceptibles de perturber la flore intestinale.
Si vous choisissez malgré tout d’utiliser de l’enrubanné, assurez-vous de la parfaite intégrité du film plastique et consommez chaque balle dans un délai de 3 à 4 jours après ouverture, surtout par temps chaud. Réservez ce type de fourrage à des chevaux ayant des besoins énergétiques élevés ou des problèmes respiratoires avérés, et évitez de le distribuer aux poulains, aux chevaux âgés fragiles ou aux animaux souffrant de troubles digestifs chroniques. Là encore, l’objectif reste de se rapprocher au maximum d’une alimentation naturelle des équidés basée sur des fourrages secs et sains.
Les besoins nutritionnels spécifiques selon l’activité physique
Les besoins nutritionnels des équidés ne se résument pas à leur poids. Leur âge, leur niveau d’activité, leur état physiologique (gestation, croissance, convalescence) modifient profondément leurs exigences en énergie, protéines, minéraux et vitamines. Adapter l’alimentation naturelle du cheval à sa situation individuelle permet d’éviter aussi bien les carences que les excès, tous deux sources de pathologies à moyen terme.
Chevaux de loisir et entretien : rations basiques en fibres
Les chevaux de loisir ou au repos, travaillant moins de 3 heures par semaine à une intensité faible, ont des besoins énergétiques relativement modestes. Pour ces équidés, une ration basée presque exclusivement sur un fourrage de bonne qualité suffit souvent à couvrir les besoins d’entretien. Un cheval adulte de 500 kg au repos peut être correctement maintenu avec 8 à 10 kg de foin par jour, complétés par un apport minéral-vitaminique adapté si le fourrage se révèle carencé.
L’erreur fréquente consiste à distribuer des quantités importantes de céréales ou d’aliments concentrés à ces chevaux peu actifs. À long terme, cette suralimentation énergétique favorise le surpoids, la résistance à l’insuline et la fourbure. Mieux vaut privilégier une alimentation riche en fibres, éventuellement enrichie d’un complément minéral-vitaminé spécifique « loisir » pour assurer la couverture des besoins en oligo-éléments (zinc, cuivre, sélénium) et en vitamines A, D, E.
Vous vous demandez comment savoir si la ration de base est adaptée ? Surveillez régulièrement l’état corporel de votre cheval à l’aide d’une échelle de note d’état (body condition score de 1 à 9). Un cheval de loisir idéalement nourri se situe généralement entre 5 et 6 : côtes palpables mais non visibles, encolure ni creuse ni grasse, croupe arrondie sans dépôt adipeux excessif. En cas de tendance à l’embonpoint, augmentez la part de fibres peu caloriques (foin de graminées tardif, paille propre) et limitez l’accès aux pâtures très riches.
Chevaux de sport et travail intensif : apports énergétiques et électrolytes
Les chevaux de sport engagés dans un travail régulier et intense (CSO, dressage, complet, endurance, course) présentent des besoins énergétiques nettement supérieurs. Dans ce contexte, le fourrage à volonté reste la base de la ration, mais il doit être complété par des aliments concentrés fournissant de l’énergie rapidement disponible sous forme d’amidon et de matières grasses. L’objectif est de soutenir la performance sans perturber la digestion.
Pour ces athlètes, la part de concentrés peut atteindre 2 à 4 kg par jour, voire davantage pour les disciplines très exigeantes, tout en veillant à ne pas dépasser 0,4 à 0,5 % du poids vif en amidon par repas. L’utilisation de céréales comme l’avoine ou l’orge aplatie, ou d’aliments industriels floconnés, permet de fournir un carburant énergétique efficace pour l’effort musculaire. Les matières grasses (huile de lin, mélange de graines oléagineuses) peuvent compléter cette ration, en particulier dans les disciplines d’endurance où l’oxydation lipidique joue un rôle majeur.
La sudation importante liée au travail intensif entraîne des pertes conséquentes en eau et en électrolytes (sodium, chlore, potassium, magnésium). Un cheval de sport peut perdre plusieurs dizaines de litres de sueur au cours d’une épreuve d’endurance ou d’un concours complet. Il est donc indispensable de proposer une eau propre à volonté et de compenser ces pertes par des apports ciblés en électrolytes, surtout par temps chaud. Distribuer un complément électrolytique dans la ration ou l’eau de boisson après l’effort aide à maintenir l’équilibre hydrique et à prévenir les coups de chaleur.
Juments gestantes et allaitantes : calcium et lysine
La gestation et la lactation représentent des périodes particulièrement exigeantes sur le plan nutritionnel. Durant les huit premiers mois de gestation, les besoins de la jument ne dépassent guère ceux d’un cheval adulte au repos, à condition que son état corporel soit correct. En revanche, le dernier trimestre de gestation et les premiers mois de lactation voient les besoins en énergie, en protéines et surtout en minéraux augmenter de manière significative.
Le développement du squelette du fœtus mobilise de grandes quantités de calcium, de phosphore, de cuivre et de zinc. Une ration insuffisamment minéralisée expose à des problèmes d’ostéodystrophies chez le poulain et de déminéralisation chez la jument. Il est donc recommandé de vérifier la qualité minérale du fourrage et, si nécessaire, de compléter avec un aliment spécifique « élevage » ou un complément minéral-vitaminé enrichi en calcium et en oligo-éléments. La lysine, acide aminé limitant chez le cheval, doit également être apportée en quantité suffisante via des protéines de haute qualité (luzerne, tourteau de soja, aliments formulés).
En lactation, la jument peut voir ses besoins énergétiques augmenter de 50 à 100 % par rapport à l’entretien, en fonction du volume de lait produit. Vous constaterez parfois une perte d’état corporelle dans les premières semaines si la ration ne suit pas. Dans ce cas, augmenter légèrement la densité énergétique avec des concentrés adaptés, tout en maintenant un apport abondant de fourrage, permet de soutenir la production laitière sans compromettre la santé digestive. Surveiller le poids et la qualité du poil de la jument, ainsi que la croissance harmonieuse du poulain, constitue un bon indicateur de l’adéquation de la ration.
Poulains en croissance : équilibre phosphocalcique
La croissance du poulain, notamment entre 6 et 24 mois, est une période critique où les erreurs alimentaires peuvent avoir des répercussions définitives sur la solidité de l’appareil locomoteur. Un apport déséquilibré en énergie, en protéines ou en minéraux peut favoriser l’apparition de troubles du développement osseux (DOD) tels que l’ostéochondrose, les déformations angulaires ou les contractures tendineuses. La clé réside dans la recherche d’une croissance régulière, ni trop rapide ni insuffisante.
Le rapport calcium/phosphore doit être particulièrement surveillé chez le poulain. Il devrait se situer entre 1,5:1 et 2:1 pour permettre une minéralisation optimale du squelette. Un excès de phosphore par rapport au calcium, fréquent lorsque l’on distribue beaucoup de céréales et peu de fourrages riches en calcium, compromet la qualité osseuse. Les aliments complets « élevage » sont formulés pour respecter ces équilibres, mais encore faut-il les distribuer dans les quantités recommandées et ne pas les diluer excessivement avec des céréales simples.
Sur le terrain, viser un apport de fourrage de bonne qualité en libre-service, complété par 1 à 3 kg d’un aliment croissance bien équilibré, permet de couvrir la plupart des besoins des poulains, en tenant compte de leur poids et de leur race. Une surveillance régulière de la courbe de croissance, associée à des contrôles vétérinaires, aide à détecter précocement les anomalies. Rappelez-vous qu’une alimentation naturelle des jeunes équidés repose d’abord sur des fibres de qualité, puis sur des concentrés spécifiquement formulés pour l’élevage, et non l’inverse.
Les aliments concentrés et compléments dans le régime équin
Si les fourrages constituent la base de l’alimentation naturelle des équidés, les aliments concentrés et les compléments permettent d’ajuster la ration aux besoins particuliers de certains chevaux. Utilisés à bon escient, ils compensent les carences en énergie, en protéines ou en minéraux sans remplacer les fibres. L’enjeu est de choisir les bons produits et de les intégrer progressivement dans la ration quotidienne.
Céréales traditionnelles : avoine, orge et maïs aplati
Les céréales représentent la source d’amidon la plus couramment utilisée pour couvrir les besoins énergétiques supplémentaires des chevaux de sport, des poulinières ou des jeunes en croissance. L’avoine, l’orge et le maïs se distinguent par leur teneur en amidon et leur digestibilité dans l’intestin grêle. L’avoine est traditionnellement appréciée pour sa bonne tolérance digestive et son effet stimulant modéré, tandis que l’orge et le maïs, plus riches en énergie, nécessitent souvent un traitement technologique (aplatissement, floconnage) pour améliorer leur digestibilité.
Vous hésitez entre avoine et orge pour votre cheval ? L’avoine, plus riche en fibres et moins dense en énergie, convient bien aux chevaux ayant une activité modérée et une bonne sensibilité digestive. L’orge et le maïs, plus énergétiques, s’adressent plutôt aux athlètes sollicités ou aux chevaux devant reprendre de l’état, à condition de les distribuer en quantités adaptées et jamais en un seul repas. Dans tous les cas, il est recommandé de fractionner les apports de céréales en au moins deux voire trois distributions quotidiennes et de rester attentif à l’apparition de crottins plus mous, de raideurs locomotrices ou de signes de nervosité.
Une analogie simple permet de comprendre le rôle des céréales : imaginez le foin comme un chauffage à bois qui diffuse une chaleur constante et durable, tandis que les céréales jouent le rôle d’un radiateur électrique qui fournit un apport d’énergie rapide mais plus ponctuel. Les deux peuvent se compléter, à condition de ne pas faire reposer tout le chauffage de la « maison cheval » sur les radiateurs.
Aliments composés granulés et floconnés industriels
Les aliments composés, sous forme de granulés ou de floconnés, sont formulés pour apporter dans un même produit une combinaison équilibrée d’énergie, de protéines, de minéraux et de vitamines. Ils représentent une solution pratique pour de nombreux propriétaires, car ils simplifient le rationnement et limitent les erreurs de formulation maison. Ces aliments existent en gammes spécifiques : entretien, sport, croissance, élevage, senior, chaque formule répondant à un profil de besoins particulier.
Les granulés offrent une homogénéité de composition à chaque bouchée, ce qui limite le tri par les chevaux. Les floconnés, plus visuels et souvent plus appétents, associent des céréales floconnées, des fibres hachées et des composants complémentaires. Le choix entre ces deux formes dépend des préférences de l’animal, de son état dentaire et des objectifs de ration. Pour un cheval âgé ou présentant des problèmes de mastication, une forme plus tendre et facilement trempable dans l’eau peut être préférable.
Il reste toutefois essentiel de rappeler qu’un aliment concentré, aussi complet soit-il, ne remplace pas le fourrage. La tentation de réduire la quantité de foin pour augmenter les granulés peut sembler pratique, mais elle va à l’encontre des besoins naturels du système digestif équin. En règle générale, la part des aliments composés ne devrait pas dépasser 40 % de la matière sèche totale ingérée chez la plupart des chevaux, sauf indication spécifique d’un vétérinaire ou d’un nutritionniste équin.
Mélasse, pulpe de betterave et sources de fibres digestibles
Certains ingrédients intermédiaires occupent une place intéressante entre les concentrés énergétiques et les fourrages classiques. La pulpe de betterave déshydratée, par exemple, constitue une source de fibres très digestibles, riches en pectines, qui fermentent favorablement dans le cæcum. Trempée dans l’eau avant distribution, elle produit une bouillie appétente, bien tolérée par les chevaux présentant une sensibilité digestive ou des difficultés à maintenir leur poids.
La mélasse, souvent utilisée pour agglomérer les granulés ou améliorer la palatabilité des aliments, apporte des sucres rapidement assimilables. En petites quantités, elle facilite l’acceptation de certains compléments ou nourritures moins appétentes. En revanche, chez les chevaux atteints de syndrome métabolique, de Cushing ou sujets à la fourbure, il convient de limiter les apports en sucres simples, y compris ceux provenant de la mélasse. Là encore, lire attentivement les étiquettes des aliments permet d’adapter le choix aux besoins réels de l’animal.
D’autres sources de fibres digestibles, comme les coques de soja, les pulpes de chicorée ou les mélanges de fibres prébiotiques, peuvent enrichir la ration en énergie « lente » sans surcharger l’intestin grêle en amidon. On peut comparer ces ingrédients à des « carburants longue durée » qui alimentent la flore du cæcum de manière régulière. Leur utilisation est particulièrement pertinente pour les chevaux de sport sensibles sur le plan digestif, les seniors ayant perdu de la masse musculaire ou les animaux convalescents nécessitant une remise en état progressive.
La gestion du rationnement et du rythme alimentaire
La composition de la ration ne suffit pas à garantir une bonne alimentation naturelle des équidés : la manière de la distribuer joue un rôle tout aussi déterminant. Fréquence des repas, proportion fourrage-concentré, gestion de l’abreuvement forment un triptyque indissociable. En respectant le rythme physiologique du cheval, vous limitez les risques digestifs tout en améliorant son bien-être mental.
Fractionnement des repas : minimum trois distributions quotidiennes
Dans la nature, un cheval passe la majeure partie de sa journée à brouter de petites quantités d’herbe. Reproduire ce schéma en captivité implique de fractionner au maximum les repas, surtout pour les concentrés. Distribuer une seule ration importante de céréales ou d’aliments composés augmente brutalement la charge d’amidon dans l’intestin grêle et favorise son passage non digéré vers le cæcum, avec à la clé un risque accru de coliques et de fourbure.
Il est généralement recommandé de prévoir au minimum trois distributions quotidiennes pour les chevaux recevant des concentrés, et davantage si les quantités sont importantes. Le fourrage, lui, devrait idéalement être disponible en continu ou réparti en plusieurs apports pour éviter les périodes de jeûne prolongé. L’utilisation de filets à petites mailles, de râteliers adaptés ou, dans les infrastructures plus modernes, de distributeurs automatiques de fourrage, permet de rapprocher le mode d’alimentation domestique de celui observé chez le cheval en liberté.
Vous avez un emploi du temps chargé et craignez de ne pas pouvoir multiplier les repas ? Dans ce cas, il vaut mieux réduire la quantité de concentrés par distribution et miser davantage sur un foin de qualité disponible en permanence. Quelques ajustements d’organisation (répartition des tâches entre propriétaires, installation de systèmes de distribution lente) peuvent transformer le quotidien alimentaire de vos chevaux et prévenir bien des problèmes de santé.
Quantités par kilogramme de poids vif et ratio fourrage-concentré
Pour raisonner une ration de manière objective, il est indispensable de rapporter les quantités d’aliments au poids vif de l’animal. Un cheval adulte devrait consommer chaque jour entre 1,5 et 2,5 % de son poids vif en matière sèche totale. Pour un équidé de 500 kg, cela représente 7,5 à 12,5 kg d’aliments secs, dont la majeure partie devrait provenir du fourrage. Le ratio fourrage-concentré varie ensuite selon l’activité, mais le fourrage devrait rarement descendre en dessous de 60 % de la ration totale.
Un repère pratique consiste à viser au moins 1,5 kg de foin pour 100 kg de poids vif et par jour, même pour les chevaux très sportifs. Les concentrés viennent ensuite compléter selon le niveau de travail, sans jamais dépasser environ 2 g d’amidon par kg de poids vif et par repas pour limiter les risques d’acidose du cæcum. Ainsi, pour un cheval de 500 kg, un repas contenant plus de 1 kg d’amidon devient potentiellement problématique, surtout si les fibres manquent.
Dans la pratique quotidienne, il est utile de peser les rations au moins une fois pour avoir un ordre de grandeur précis. Les yeux nous trompent souvent : ce que l’on croit être « un litre » de céréales peut varier de 400 à 700 g selon le produit. Utiliser une bascule simple et un seau gradué permet d’ajuster les quantités en fonction du poids réel de votre cheval et d’éviter les surdosages chroniques.
Abreuvement à volonté : consommation hydrique journalière
L’eau est le nutriment le plus essentiel de l’alimentation naturelle des équidés, bien avant l’énergie ou les protéines. Un cheval adulte consomme en moyenne entre 20 et 60 litres d’eau par jour, selon la température ambiante, le niveau d’activité, le type de fourrage et le stade physiologique. Un foin très sec et une ration riche en concentrés augmentent les besoins hydriques, tout comme la lactation ou la sudation abondante chez le cheval athlète.
Priver un cheval d’eau, même temporairement, perturbe rapidement son transit intestinal et favorise la constipation, les coliques de sécheresse et les désordres métaboliques. C’est un peu comme si l’on essayait de faire fonctionner un lave-vaisselle sans eau : même avec la meilleure lessive (la ration), rien ne se passe correctement. L’accès permanent à une eau propre et fraîche, en quantité illimitée, constitue donc une condition non négociable du bien-être équin.
Veillez à contrôler régulièrement le débit des abreuvoirs automatiques et l’état des bacs d’eau en pâture. En hiver, empêchez la formation de glace qui peut limiter l’abreuvement, en particulier chez les chevaux âgés souffrant de douleurs dentaires ou articulaires. En été, nettoyez plus fréquemment les contenants pour éviter la prolifération d’algues et de bactéries. Observer la fréquence des mictions et la couleur de l’urine (jaune clair à ambré) peut d’ailleurs vous donner de précieux indices sur l’hydratation de votre cheval.
Pathologies digestives liées aux erreurs alimentaires
Lorsque l’alimentation naturelle des équidés est trop éloignée de leurs besoins physiologiques, les conséquences ne tardent pas à se faire sentir. Coliques, ulcères, fourbure, troubles métaboliques et myopathies de stockage figurent parmi les principales pathologies liées à des erreurs de rationnement ou de gestion des repas. Comprendre leurs mécanismes permet de mieux les prévenir au quotidien.
Coliques de surcharge et obstructions intestinales
Les coliques représentent l’une des urgences vétérinaires les plus fréquentes chez le cheval, et une cause majeure de mortalité. Parmi leurs origines, les coliques de surcharge et les obstructions intestinales sont souvent directement liées à l’alimentation. L’ingestion massive de céréales, un changement brusque de fourrage, une diminution soudaine de l’activité physique ou un accès brutal à une herbe très riche peuvent provoquer une distension excessive de certaines portions intestinales et perturber la motricité digestive.
Les coliques d’impaction, quant à elles, surviennent lorsque le contenu digestif se déshydrate et se compacte, notamment au niveau du côlon. Un foin très sec, une consommation d’eau insuffisante ou une diminution de la mobilité (cheval bloqué au box après blessure) constituent des facteurs de risque importants. Les premiers signes (cheval qui regarde ses flancs, grattage, baisse d’appétit, diminution ou absence de crottins) doivent inciter à une consultation vétérinaire rapide.
Pour réduire le risque de coliques, plusieurs mesures préventives s’imposent : fractionner les repas, assurer un accès permanent à l’eau, éviter les changements brusques de ration, maintenir une activité physique régulière et contrôler la qualité des fourrages. Un suivi dentaire annuel permet également de garantir une mastication efficace, condition indispensable à une bonne transitabilité du bol alimentaire.
Ulcères gastriques et acidose métabolique
Les ulcères gastriques touchent une proportion importante de chevaux domestiques, en particulier les chevaux de sport : certaines études évoquent une prévalence de 60 à 90 % selon les disciplines. Ils résultent d’un déséquilibre entre la production continue d’acide chlorhydrique dans l’estomac et les mécanismes de protection de la muqueuse. Les périodes de jeûne prolongées, les rations pauvres en fibres et riches en concentrés, le stress et l’exercice intensif à jeun constituent des facteurs favorisants majeurs.
Sur le plan alimentaire, la prévention des ulcères repose sur plusieurs principes : offrir un accès quasi permanent au fourrage, distribuer le foin avant les concentrés, fractionner les repas et limiter la quantité d’amidon par prise. L’ajout de fourrages tampon comme la luzerne ou de compléments spécifiquement formulés (sources de pectines et de mucilages) peut aider certains chevaux à risque. Un cheval qui baille fréquemment, serre les dents au sanglage, présente un appétit capricieux ou une contre-performance inexpliquée mérite une attention particulière.
L’acidose métabolique, ou plus précisément l’acidose du gros intestin, survient lorsque de grandes quantités d’amidon ou de sucres non digérés atteignent le cæcum. La fermentation rapide de ces substrats par des bactéries productrices d’acide lactique fait chuter le pH, entraînant la mort des bactéries cellulolytiques et la libération de toxines. Les conséquences peuvent aller de simples diarrhées à des coliques sévères, voire à la fourbure. Là encore, la maîtrise des apports en amidon par repas et le respect d’un ratio élevé de fibres constituent la meilleure protection.
Fourbure nutritionnelle et syndrome métabolique équin
La fourbure est une affection inflammatoire douloureuse des tissus sensibles du pied, pouvant entraîner des lésions irréversibles de l’architecture interne du sabot. Si ses causes sont multiples (surpoids, trouble endocrinien, surcharge mécanique, infection systémique), la composante nutritionnelle tient une place de choix. L’accès brutal à une herbe jeune très riche en fructanes, la consommation excessive de céréales ou de mélasse, ou encore un surpoids chronique lié à une ration trop énergétique sont autant de déclencheurs possibles.
Le syndrome métabolique équin (SME) se caractérise par une obésité régionale (encolure en « pomme de pin », amas graisseux autour de la queue et des épaules), une résistance à l’insuline et une prédisposition marquée à la fourbure. La prévention de ces troubles passe par une alimentation naturelle mais contrôlée : fourrages modérément riches, limitation de l’accès aux pâtures luxuriantes (museau panier, sorties limitées dans le temps), suppression ou réduction drastique des concentrés riches en amidon et en sucres.
Vous vous interrogez sur la gestion d’un poney sujet à la fourbure au printemps ? Une stratégie efficace consiste à distribuer un foin analysé pauvre en sucres solubles, éventuellement pré-trempé pour en réduire la teneur, tout en limitant le pâturage aux heures où les teneurs en fructanes sont plus basses. Associer cette approche alimentaire à un programme d’exercice adapté et à un suivi vétérinaire régulier permet de stabiliser de nombreux cas de SME et de réduire la fréquence des épisodes de fourbure.
Myopathie de stockage des polysaccharides
La myopathie de stockage des polysaccharides (PSSM ou EPSM selon les classifications) est une affection musculaire héréditaire décrite chez plusieurs races (Quarter Horses, Traits, certains chevaux de sport). Elle se caractérise par une anomalie du métabolisme du glycogène, conduisant à un stockage excessif de polysaccharides dans les fibres musculaires. Les chevaux atteints présentent des raideurs, des douleurs musculaires après l’exercice, voire des épisodes de « coup de sang ».
Sur le plan nutritionnel, la prise en charge de ces chevaux repose sur une adaptation rigoureuse de l’alimentation. Il est généralement recommandé de réduire fortement les apports en amidon et en sucres simples (céréales, mélasse) et de privilégier une ration riche en fibres associée à une source énergétique lipidique (huile végétale, graines oléagineuses). Cette stratégie permet de fournir de l’énergie disponible pour l’effort tout en limitant l’accumulation de glycogène anormal dans les muscles.
En pratique, une alimentation naturelle adaptée à un cheval PSSM se compose de foin de bonne qualité distribué à volonté, complété par un aliment spécifique « low starch » pauvre en amidon et en sucres, et par une source d’huile ajoutée progressivement. L’exercice régulier et modéré, sans périodes prolongées de repos complet, joue également un rôle clé dans la gestion de cette pathologie. Une coordination étroite entre le vétérinaire, le nutritionniste équin et le propriétaire permet d’optimiser le protocole alimentaire et d’améliorer significativement le confort de vie de l’animal.